24 juillet 2013

Joseph Sheridan le Fanu : les créatures du miroir




    Bienvenue dans le monde de l'écrivain irlandais Joseph Sheridan le Fanu (1814-1873), auteur de Carmilla, une de mes nouvelles préférées, dont je vous ai d'ailleurs parlé ici. Le Fanu a publié un certain nombre de nouvelles dans le Dublin University Magazine alors qu'il était à l'université. Il s'agit d'un important et influent journal du XIXè, tant pour la littérature de l'époque, car des nouvelles et romans sous forme de feuilletons y étaient publiés, que pour les idées politiques. En effet, ce magazine était malheureusement un peu conservateur.
  
    Les créatures du miroir est le premier recueil de cet auteur que j'ai lu, dans lequel figure justement Carmilla. (Cliquez ici pour écouter le morceau du groupe Two Witches intitulé Mircalla, inspiré par la nouvelle). Le miroir est un symbole très fort chez le Fanu, comme chez la plupart des écrivains fantastiques du XIXè  -et d'autres époques- : il symbolise non seulement le double, avec le reflet, mais aussi le passage à un autre monde, comme chez Lewis Caroll.
    On retrouve dans la plupart des œuvres de le Fanu son intérêt pour l'hypnose, et les états seconds dans lesquels peut être plongé l'esprit ainsi que les moments où il semble échapper à tout contrôle et presque agir selon sa volonté propre. En effet, les créatures hantant les personnages de Le Fanu sont bien souvent leurs créations et fantasmes : ils n'ont pas de réalité physique. D'après ce que j'ai lu, il s'agissait surtout de personnages punis pour avoir commis des fautes ; je pense que ces créatures reflètent essentiellement la culpabilité des personnages.
   
    Dans le Familier, la première nouvelle du recueil, le personnage principal est hanté par un spectre qui ne le quitte jamais. Or, le problème du personnage, du moins c'en était un dans la société victorienne, est qu'il n'est pour ainsi dire pas très croyant. Il pense ainsi que ce familier est une punition pour son absence de foi, ce que lui confirme un homme d'église à qui, en dernier recours, il rend visite.
  
    Ces nouvelles représentent bien sûr les idées et frayeurs de l'auteur, qui partage celles de la société irlandaise protestante, à savoir la peur de voir la religion et les traditions disparaître. Je pense d'ailleurs que la plupart des écrits fantastiques victoriens reflètent cette peur de la libération des mœurs.
    Pour la petite anecdote, le Fanu vivait reclus chez lui, terrifié par les spectres et autres créatures fantastiques...

   Pour lire une analyse intéressante de la vison de le Fanu : "curiosité et caetera" par Eric Poindron.

(photo : Annie Bertram)

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