31 juillet 2013

L'âge d'or de la science-fiction française

   

   Chasseurs de chimères est une anthologie de Serge Lehman présente dans la collection Omnibus qui rassemble onze textes fondateurs de la science-fiction française, écrits entre 1857 et 1953. Certaines nouvelles vont vous paraître étranges tant elles diffèrent des vaisseaux très perfectionnés ou des extraterrestres en combinaisons futuristes que l'on retrouve habituellement dans la science-fiction, mais la découverte vaut le coup. Il faut garder à l'esprit qu'à l'époque, la vison de ce à quoi pouvait ressembler le futur n'était pas la même puisque les avancées technologiques ne laissaient pas présager les mêmes choses... C'est une sorte de témoignage, étant donné que les écrivains sont le produit d'une société.
     Serge Lehman veut avant tout, avec ce recueil, rappeler que la science-fiction française n'est pas issue de la science-fiction américaine, qui a pris un essor considérable avec la parution de nouvelles dans plusieurs revues consacrées à la découvertes d'auteurs, mais qu'elle est bel et bien l'initiatrice du genre. (Vous gagnez tout mon respect si vous arrivez à comprendre mes phrases.)
    Les récits sont présentés dans l'ordre chronologique, ce qui permet d'avoir une idée de l'évolution de la science-fiction. On commence donc avec les Xipéhuz (J.H. Rosny-Aîné), des extraterrestres en forme de cônes débarquant sur terre pour ... déclencher une guerre. Apparemment, certains thèmes étaient déjà fréquents chez les auteurs de l'époque. J'ai horreur de cette idée, qui pour moi se traduit par le fait que l'on voie ce qui est différent comme forcément antipathique, voire dangereux. Mais d'un autre côté, il est plus prévisible de se faire envahir par une civilisation guerrière que par de gentils hommes verts - du moins je le suppose.

     Je ne vais pas développer tout le recueil, qui est assez consistant, mais me concentrer sur mes romans  préférés.
     Commençons par La Roue Fulgurante, de Jean de la Hire, qui a publié de très nombreux romans et nouvelles. Pour le très bref résumé, un immense disque lumineux débarque sur Terre et aspire littéralement cinq terriens, qui trouvent le moyen de survivre à l'intérieur de cet étrange vaisseau. Il se trouve que les extraterrestres ressemblent à des colonnes de lumière (je ne vois pas comment les décrire autrement) qui emmènent de force les passagers sur Mercure, où ils seront confrontés à des cyclopes unijambistes. Le tout paraît complètement fantasque quand je le raconte, mais je vous assure que ce roman n'est pas aussi absurde qu'il en a l'air.
    Bon, il est vrai que Jean de la Hire n'est pas, d'après ce que j'ai lu sur lui, un auteur remarquable, mais j'ai aimé découvrir ce récit dans le cadre de l'anthologie, dans laquelle je pense qu'il a tout à fait sa place. S'il faut ressortir les vieilleries des placards, autant ne pas se priver de cette histoire "sympathique" et assez spectaculaire. Il se lit comme n'importe quel écrit de science-fiction, et n'est pas très éloigné de ce qu'on peut lire actuellement - je vous dit ça au cas où vous auriez peur de tomber sur quelque chose de totalement obsolète.

    Je passe à mon roman préféré, qui m'a presque rappelé Le Soleil va mourir, de Christian Grenier, un auteur que j'adorais étant ado, dans lequel des scientifiques, en retournant sur Terre après une expédition sur Vénus, envoyaient des déchets dans le soleil, ce qui a précipité sa mort et déclenché un compte à rebours. Les Signaux du soleil de Jacques Spitz sont une histoire d'incompréhension entre des terriens, des vénusiens et des martiens (restons dans le classique) qui manque d'avoir des conséquences dramatiques. Un scientifique, dans son laboratoire d'examen de l'activité solaire du Midi, détecte des tâches solaires apparaissant brusquement et se multipliant en quelques jours... Il découvre rapidement que ces tâches sont crées par les martiens et vénusiens qui tentent de communiquer avec la Terre mais, ne recevant aucune réponse du même type -les humains se sachant pas créer de tâches solaires-, ils puisent dans les ressources de l'atmosphère terrienne et s'emparent de l'oxygène et de l'azote.
    C'est un compte à rebours très bien mené et l'ensemble est crédible. Je lis de moins en moins de science-fiction, mais je me permets de comparer ce roman aux meilleurs que j'ai lus : la preuve qu'un auteur français peut très bien soutenir la comparaison avec un Asimov ou un Bradbury!

    J'ai eu envie de faire cet article parce que j'ai moi-même tendance à penser que tout ce qui est français est largement en-dessous de la moyenne internationale dans la plupart des domaines (une intégration des nombreux stéréotypes négatifs, peut-être?). Non pas que j'aie  absolument besoin de me prouver que les français ne sont pas si nuls, mais j'avoue que j'ai été agréablement surprise par ces onze découvertes!

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