5 août 2013

Le portrait de Dorian Gray



     Ce roman et son adaptation en film par Albert Lewin (en 1945) font partie de mes œuvres favorites. Comme vous vous en doutez certainement, j'aime particulièrement le contexte du récit , c'est à dire Londres à la fin du  XIXè - le roman date de 1891, et avait d'ailleurs été censuré.

     Résumé : Le peintre Lord Basil Hallward est fasciné par son jeune modèle, le dandy Dorian Gray, duquel il réalise un portrait mystérieux. En découvrant le tableau, Lord Henry Wottom, ami de Basil, ne manque pas d'être impressionné et par le modèle et par son portrait... A tel point qu'il fait remarquer à Dorian qu'il est judicieux d'immortaliser sa beauté dans un tableau, étant donné que le jeune homme ne manquera pas de vieillir tandis que le Dorian du portrait restera éternellement tel quel. Ces réflexions ont un effet considérable sur Dorian, qui émet le vœu d'inverser les rôles, de devenir la créature à jamais belle du tableau.
    Quand Sybil Vane, une jeune comédienne dont Dorian s'éprend avant de la demander en mariage, se suicide après que le dandy ait brutalement décidé de mettre fin à leur relation, c'est le portrait qui porte la marque de cette culpabilité et de cette responsabilité. Le jeune homme ne croit d'abord qu'à une illusion, mais il remarque une expression cruelle sur le portrait... Et au fur et à mesure qu'il cause du mal, Dorian ne peut ignorer la transformation progressive du tableau.  
    Dorian est un dandy, qui prône le culte du beau, de la satisfaction des plaisirs, des passions... Tout ceci va se retrouver sur son portrait.

   Mon avis : Le portrait de Dorian Gray est non seulement un classique du fantastique, mais il peut aussi donner lieu à des réflexions sur l'image. En effet, tout ce qu'en disent Dorian et Lord Henry dans les premiers chapitres est très riche, notamment le fait qu'il est suggéré que vendre son âme pour la beauté est un sacrifice envisageable. Ce roman est d'une profondeur incroyable. Premièrement, Dorian me paraît quelque peu narcissique, à voir sa réaction quand il découvre son portrait : on voit que sa propre image fait partie des plus belles choses qu'il ait jamais vues (mais ce n'est qu'une impression....) J'ai également été fascinée par le personnage d'esthète qu'est Lord Henry, qui aime l'art parce que la perfection d'une œuvre est éternelle, et subit bien moins les ravages du temps que la beauté humaine.

    J'aime aussi ce roman pour le fait qu'il appartienne à cette flopée d'œuvres fantastiques du XIXè ayant Londres pour cadre, et plus généralement l'Angleterre et les îles britanniques (Dracula, Dr Jeckyll and Mr Hyde...). Comme vous l'avez certainement compris, les auteurs anglophones du XIXè (comme Lewis Caroll, Bram Stocker, Polidori, Wells, Stevenson, les sœurs Brontë, Lewis, Le Fanu...) sont mes favoris : je trouve cette époque extrêmement riche et il est toujours aussi impressionnant de voir à quel point les auteurs se sont inspirés les uns des autres pour créer cet univers imaginaire qui continue aujourd'hui d'inspirer, et qui a même quasi totalement défini notre vision de l'imaginaire! Encore aujourd'hui, on n'imagine les "histoires de fantômes" qu'à travers le filtre de ces auteurs, qu'on les ait lus ou qu'on ait vus les adaptations de leurs œuvres.
    Je trouve génial le fait que l'influence des contes de fée, qui pour moi sont superficiels et rapidement ennuyeux, et ne visent qu'à donner une image simpliste du monde aux enfants, soit remplacée par celles de grandes œuvres. Bien sûr, certains contes sont de très bonne qualité comme ceux d'Andersen, mais la très grande majorité me paraissent plutôt abrutissants. Pour moi, ils sont suffisants comme point de départ à la création de son propre monde imaginaire mais sans plus.

    Le film : Je ne vous en dirai pas beaucoup sur le film de Lewin, puisque je l'ai trouvé totalement dans l'esprit du roman. (En clair, je l'ai également adoré). En revanche, je n'ai pas du tout vu la version de 1973, je ne sais donc absolument pas ce qu'elles vaut. En ce qui concerne l'adaptation de 2009, si j'avais des a priori négatifs, ils ont été balayés par le visionnage. En effet, il ne me paraissait avoir été réalisé uniquement dans le but de répondre à la demande de la mode de l'attrait pour la période victorienne, mais il est intéressant de voir une adaptation du roman à une époque où les tabous sont bien moins nombreux. Ainsi, l'aspect dandy de Dorian Gray est accentué, notamment en ce qui concerne sa recherche du plaisir, tandis que Lord Henry l'assiste de plus en plus en le menant dans différents lieux de l'East End. On peut également noter une excellente référence à Shakespeare et son Ophélie, puisque Sybil n'est plus une chanteuse de cabaret mais une comédienne de théâtre.

    Vous avez droit à la bande annonce de 1945 -je n'ai pas trouvé le film entier, désolée! Je suis impardonnable, mais j'adore ces génériques totalement désuets. 

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