6 avril 2015

Amélie Nothomb : La nostalgie heureuse

    Je ne vous présente pas Amélie Nothomb, une de mes auteurs favorites, que j'ai découverte assez tardivement (au lycée, ce qui contraste avec Robin Hobb et J.K. Rowling découvertes au collège...). On change donc de registre par rapport à mes articles habituels : pas de futur improbable, de passé réécrit ou de vampires assoiffés et fantômes tourmentés, d'autant plus qu'elle nous gâte cette fois-ci avec une autre perle sur le Japon, La nostalgie heureuse.


Résumé :
Suite à une proposition de reportage, Amélie Nothomb retourne au Japon, pays qu'elle n'a pas revu depuis seize ans. Ce voyage va être marqué par ses retrouvailles déchirantes avec Nishio-san, la nourrice de Métaphysique des tubes, et Rinri, le fiancé éconduit de ses vingt ans, que l'on découvre dans Ni d'Eve ni d'Adam. 

Extraits :
"Il faut un effort constant de la mémoire pour se rappeler qu'une telle destruction est l'oeuvre de la 
nature : dans un saccage aussi laid, on croirait reconnaître la patte de l'homme."

"Tout ce que l'on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. à l'âge de cinq ans, quand on m'en arracha, je commençais à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me génèrent. Que pouvais-je dire du pays que j'avais cru connaître et qui, au fil des années, s'éloignait de mon corps et de ma tête? 
à aucun moment je n'ai décider d'inventer. Cela s'est fait de soi-même. Il ne s'est jamais agi de glisser le faux dans le vrai, ni d'habiller le vrai des parures du faux. Ce que l'on a vécu laisse dans la poitrine une musique : c'est elle qu'on s'efforce d'entendre à travers le récit. Il s'agit d'écrire ce son avec les moyens du langage. Cela suppose des coupes et des approximations. On élague pour mettre à nu le trouble qui nous a gagnés."


    Mon avis : En pleine relecture de Ni d'Eve ni d'Adam, dont La nostalgie heureuse est la suite, ce fut un régal de me replonger dans l'histoire nippone d'Amélie Nothomb, bien que ses romans sur le Japon ne soient pas mes favoris. Elle sait cependant nous plonger de manière très habile dans les éléments de la culture nippone qui la touchent directement, ce qui me l'a rendue si agréable à découvrir, n'étant pas particulièrement plus attirée par le Japon que par d'autres pays.
     Attardons-nous sur le titre, qui, comme dans tout roman de Notomb, finit tôt ou tard par trouver son explication au cours de la lecture. Ici, il s'agit d'une forme de nostalgie dont le nom ne possède pas d'équivalent français, opposée à celle, plus mélancolique à laquelle nous sommes habitués. Elle correspond à ce qu'éprouve l'auteure en retrouvant le pays de son enfance, en particulier sa nourrice, Nishio-san. Les retrouvailles sont de ce fait extrêmement belles et émouvantes, et c'est cette scène qui nous fait pleinement saisir le concept de "nostalgie heureuse", ce mélange très complexe d'émotions contradictoires. Et dire qu'un seul mot permet de traduire cela en japonais... Ce que j'adore à propos des comparaisons entre différentes langues est la mise en valeur des différences culturelles à travers des expressions n'existant pas d'une langue à l'autre.

    Amélie Nothomb creuse également davantage la réflexion sur l'écriture autobiographique, sur les liens entre ses souvenirs vacants comblés par les jeux de l'imagination et la réalité des émotions fortes vécues enracinées dans sa mémoire. Elle met en avant la difficulté de retranscrire ces émotions en langage, bien qu'elle semble y parvenir de façon admirable, à l'aide du vocabulaire riche, précis et bien choisi auquel elle nous a habitués.

    Voici pour ce roman que je vous recommande chaleureusement. Si jamais vous commencez à lire du Notomb, je vous conseille plutôt de commencer par les trois autres romans de la série car, même s'ils peuvent être lus indépendamment, connaître en détails les événements auxquels elle se rapporte enrichira votre lecture.
 
     

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